Le CCEE de La Réunion adresse ses félicitations républicaines aux maires élus des 24 communes de l’île — avec une attention particulière aux nouvelles et nouveaux maires qui ouvrent une nouvelle séquence locale, ainsi qu’aux élus reconduits, appelés à poursuivre leur action dans un contexte devenu plus tendu, plus incertain et plus exigeant pour l’ensemble du bloc communal.
Un scrutin qui recompose les équilibres intercommunaux
Au-delà des résultats communaux, ce scrutin recompose aussi des équilibres intercommunaux qui pèseront fortement sur la suite du mandat. À La Réunion, beaucoup de sujets structurants ne se traitent plus à la seule échelle communale : mobilités, habitat, eau, déchets, développement économique, cohésion sociale, transitions écologiques, gestion des vulnérabilités et organisation des services.
Les nouvelles majorités communales et communautaires devront donc composer avec une exigence plus forte de coopération, de cohérence territoriale et d’innovation publique.
Des marges budgétaires qui se resserrent fortement
Cette exigence monte précisément au moment où les marges budgétaires se resserrent. Les analyses diffusées pour la préparation budgétaire 2026 font état, pour le bloc communal, de 368 millions d’euros de pertes de ressources liées aux variables d’ajustement.
130 M€ de DCRTP concernent les EPCI, tandis que le dispositif DILICO 2 prévoit un prélèvement de 250 M€ sur les EPCI à fiscalité propre. Dans le même temps, la DGF est gelée à son niveau de 2025 et la dotation de compensation des intercommunalités diminue de 3,52 % en 2026.
Ce durcissement intervient alors même que l’OFGL décrit une situation déjà sous tension pour les communes et intercommunalités : en 2024, l’autofinancement du bloc communal s’érode, la trésorerie recule de 7,3 %, l’épargne brute est en repli et les charges financières continuent d’augmenter fortement.
Autrement dit, les collectivités doivent continuer à investir, mais avec des ressorts plus fragiles et une visibilité moins confortable.
Des réalités territoriales encore plus sensibles à La Réunion
À La Réunion, cette pression budgétaire rencontre des réalités territoriales encore plus sensibles. Le rapport économique annuel de l’IEDOM rappelle qu’en 2024 l’inflation moyenne annuelle s’est élevée à 2,8 % sur l’île, tirée notamment par l’alimentation à +5,4 %. Les prix y demeurent globalement plus élevés de 9 % qu’en Hexagone, avec un écart de 37 % pour l’alimentaire. L’Insee souligne que l’alimentation représente 16 % du budget des ménages réunionnais.

L’énergie, un facteur de vulnérabilité accru
Cette réalité locale peut être rendue plus vulnérable encore par les tensions internationales. Le détroit d’Ormuz demeure un point de passage majeur pour l’énergie mondiale : selon l’EIA, environ 20 millions de barils par jour y ont transité en 2024, soit près de 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. Dans son scénario de mars 2026, l’EIA estime que les perturbations actuelles pourraient porter le Brent à 91 $/baril en moyenne au deuxième trimestre 2026.
L’IEDOM rappelle que l’île reste fortement dépendante des importations de produits énergétiques : la part des énergies primaires importées atteignait 89 % en 2023, et les produits pétroliers représentent 27 % des importations totales. En 2024, les importations de biens s’élevaient à plus de 7 milliards d’euros.
Même si La Réunion n’est pas directement approvisionnée depuis le Golfe et dispose de routes maritimes alternatives, les tensions au Moyen-Orient peuvent peser sur les prix de l’énergie, le fret, les assurances et donc sur le coût de la vie dans une économie insulaire fortement dépendante des importations.
Cela signifie qu’une tension durable sur l’énergie et le fret peut, directement ou indirectement, peser sur le coût de la vie, sur les dépenses contraintes des ménages et, par ricochet, sur les attentes adressées aux communes et aux intercommunalités.
« L’innovation territoriale n’est plus un supplément d’âme ; elle devient une condition de soutenabilité publique. »
Le CCEE, un espace de réflexion et d’interface
C’est dans cet esprit que le CCEE rappelle qu’il peut constituer, pour les exécutifs locaux qui le souhaitent, un espace utile de réflexion, d’interface et de mise en perspective. Instance consultative de la société civile organisée, il se situe à distance des compétitions électorales et au plus près des enjeux de fond. Sa vocation n’est pas de se substituer aux élus, mais d’enrichir la compréhension des situations, d’ouvrir des pistes, de relier les expériences et d’aider à penser le temps long.
Le CCEE appelle également à une attention renouvelée portée aux conseils de développement intercommunaux, dont la place dans la vie démocratique territoriale mérite d’être pleinement consolidée. Là où ils existent, leur relance peut contribuer à redonner de l’épaisseur au dialogue entre élus, acteurs du territoire et citoyens ; là où ils restent à installer, leur mise en place constitue un levier utile pour structurer une participation citoyenne suivie et représentative.
Les travaux déjà menés par le CCEE peuvent nourrir concrètement des projets de territoire : les 30 trajectoires d’adaptation au changement climatique co-construites dans le cadre de La Réunion à l’horizon 2040 ; les réflexions sur les droits culturels, l’interculturalité et l’éducation populaire ; ou encore les alertes récentes formulées sur la cybersécurité et la gouvernance numérique dans l’action publique.
Le CCEE se tient ainsi disponible pour contribuer, aux côtés des collectivités qui le souhaitent, à une action publique réunionnaise plus cohérente, plus lisible et plus attentive à l’intérêt des citoyens, à leur épanouissement et à leur progrès économique, social, culturel et environnemental.