Féklèr pou Anlériz Nout Zimaz (FANZ#1)

20 Oct 2025

Nos écrans, nos histoires – nou la fé, nou mazine pardvan

Actualités Lecture 6–8 min
Intervenants de la table ronde du FANZ#1 organisée par le CCEE au MOCA Montgaillard, échangeant devant le public sur la fabrique de l’information et le rôle des médias à La Réunion.
Crédit : CCEE

Le 11 octobre 2025, au MOCA Montgaillard, le Conseil de la Culture, de l’Éducation et de l’Environnement (CCEE) de La Réunion a réuni chercheurs, journalistes, artistes, producteurs et acteurs publics pour la première édition de Féklèr pou Anlériz Nout Zimaz (FANZ#1).

Une journée de réflexion, d’écoute et de partage pour mieux comprendre comment nos écrans façonnent nos récits, nos représentations et notre souveraineté culturelle.

Organisée par la Commission Audiovisuel et Numérique (C5) du CCEE, cette première édition a marqué un temps fort du dialogue territorial autour de trois grandes thématiques :

  • 1️⃣ Les dynamiques et tensions de la fabrique de l’information,
  • 2️⃣ Les mutations des métiers et des pratiques dans les industries de l’image,
  • 3️⃣ Les nouvelles écritures numériques du patrimoine et de la mémoire collective.

Après une introduction de Roger Ramchetty (Président du CCEE), Patricia Profil (Conseillère régionale déléguée à la coopération culturelle et sportive, Région Réunion) et Nathalie Infante (SGAR, Préfet de La Réunion), Loïc Manglou (Président de la commission Audiovisuel & Numérique du CCEE) a rappelé la vocation de l’événement, Dominique Picardo a ensuite animé et modéré les 3 tables rondes de la journée.

Penser la fabrique de l’information à l’ère numérique

La première table ronde, intitulée « Dynamiques et tensions de la fabrique de l’information : impacts du numérique sur les pratiques, les modèles et la réception médiatique », a réuni :

  • Franck Cellier, Journaliste, média en ligne Parallèle Sud, représentant du SNJ.
  • Pierrot Dupuy, Fondateur et gérant du média en ligne Zinfos974.
  • Valérie Filain, Journaliste, directrice régionale de Réunion La 1ère.
  • Bernard Idelson, Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, Laboratoire de recherche sur les espaces créoles et francophones (LCF), Université de La Réunion qui a introduit la table ronde.
  • Florence Labache, Journaliste, directrice de la rédaction de Territoire(s) Média,magazine mensuel généraliste papier et digital, organisatrice d’événements : Territoire(s) santé et Nou Lé Local.
  • Laureline Pinjon, Journaliste, doctorante en Sciences de l'Information et de la Communication Laboratoire de recherche sur les espaces créoles et francophones (LCF), Université de La Réunion, chercheuse associée à l'INA (Institut National de l'Audiovisuel).

Tous ont interrogé la manière dont les médias réunionnais s’adaptent à la crise de confiance, à la multiplication des sources d’information et aux nouvelles logiques de visibilité imposées par les plateformes.

Bernard Idelson a rappelé que “l’information n’est plus filtrée mais déroutée” par des algorithmes qui fragmentent le réel. Pour Valérie Filain, le service public doit “réaffirmer sa mission de lien social et de transmission”, quand Franck Cellier et Pierrot Dupuy ont plaidé pour un “pluralisme effectif dans un espace médiatique insulaire et contraint”. Florence Labache a rappelé le rôle crucial de l'éducation aux images pour un grand public éclairé et acteur de sa consommation d'information. Entre vigilance et innovation, cette table a posé les bases d’une réflexion collective sur la responsabilité médiatique, la formation à l’esprit critique et la souveraineté de l’information.

Créer autrement : les industries de l’image à l’épreuve du numérique

La deuxième table ronde, « Industries de l’image à l’épreuve du numérique : recomposition des métiers, hybridation des pratiques et redéfinition de la créativité », a montré à quel point La Réunion est aujourd’hui un territoire de création visuelle dynamique.

Autour d’Alain Séraphine Artiste plasticien, auteur, fondateur de l’Ecole Supérieure d’Art, fondateur et directeur de l’Institut de l’Image de l’Océan Indien, du studio Pipangaï se son succédés :

  • DK Pit K Dick (Jean-Philippe Grosset), Producteur, cinéaste, auteur, Réunion Magma Films, membre de Réyone, cinéma (fiction et animation), réalité virtuelle, formation acting.
  • Ruddy Fantelli, Programmateur de jeux vidéo indépendant, Dream Veloper Studio, membre du collectif Bouftang.
  • Marine Hervé, Réalisatrice, autrice et vice-présidente de Cinéastes de La Réunion, cinéma et audiovisuel.
  • Xotschil Marty, Directrice du studio, Gao Shan Pictures, cinéma d’animation.
  • Kim Thouvenin, Productrice et scénariste, Kuri Studio, production de webtoon, marketing et structuration de filière.
  • Gustin Vilrus, Artiste 3D, acteur, Indépendant, cinéma (animation 3D), jeu vidéo, acting, cascade, technicien, membre du collectif Bouftang.

Entre l’évolution des outils (IA, 3D, VR) et la nécessité d’affirmer des récits singuliers, les échanges ont révélé la vitalité d’un secteur qui s’invente au croisement de la technique et de la culture. Kim Thouvenin a souligné l’importance de la mutualisation et de la coproduction régionale, tandis que Ruddy Fantelli a rappelé que “l’innovation n’a de sens que si elle permet de créer depuis ici, pour ici et pour le monde”. Alain Séraphine a insisté sur l’enjeu de la formation continue et de la transmission : “Former aux outils, oui, mais surtout former à penser avec ces outils.”

Mémoire, patrimoine et imaginaires numériques

La troisième table ronde, « Patrimoine culturel et création artistique : quelles écritures numériques pour la mémoire collective et les imaginaires contemporains ? », a rassemblé :

  • Anne Bonneau, Journaliste, autrice et créatrice de contenus numériques (podcasts, émissions radio, documentaires) pour Réunion La 1ère
  • DK Pit K Dick (Jean-Philippe Grosset), Producteur, cinéaste, auteur, Réunion Magma Films, membre de Réyone, cinéma (fiction et animation), réalité virtuelle, formation acting (Actor Inferno).
  • David Gagneur, Directeur de l’Iconothèque de l’Océan Indien (IHOI), Département de La Réunion qui a introduit la table ronde.
  • Jean-François Rebeyrotte, Chargé de mission culture & patrimoine, Service de la promotion de la culture et du patrimoine, Direction du tourisme et de la culture, Territoire de l’Ouest.
  • Alain Séraphine, Artiste plasticien, auteur, fondateur de l’Ecole Supérieure d’Art, fondateur et directeur de l’Institut de l’Image de l’Océan Indien, du studio Pipangaï.

Tous ont exploré la manière dont le numérique peut devenir un outil de transmission et de relecture du patrimoine.

Anne Bonneau, pionnière des récits sonores sur le patrimoine immatériel, a témoigné de “la puissance émotionnelle du son, cette mémoire qui s’écoute et s’invente”. Jean-François Rebeyrotte a évoqué les musées comme “laboratoires de narration augmentée”. DK Pit a clôturé la séance avec une phrase devenue manifeste : “Le pixel n’a de valeur que s’il parle de nous.”

Une île qui pense sa souveraineté culturelle

Au-delà des échanges, cette journée a confirmé la pertinence du rôle du CCEE de La Réunion comme espace de veille, de prospective et de médiation. Elle prolonge le travail de sa Commission Audiovisuel et Numérique, engagée depuis plusieurs années sur les questions de souveraineté culturelle, innovation responsable et éducation à l’image. Comme l’a rappelé Roger Ramchetty, président du CCEE : “Il s’agit d’un devoir collectif : faire aimer la vérité, protéger l’esprit critique, et affirmer nos identités dans un monde saturé d’images.”

Kévin Cerveaux, directeur de la Direction de l’Attractivité du Territoire et de l’Innovation (DATI), et grand témoin de la journée, a conclu en soulignant la convergence des stratégies publiques : “Le numérique, s’il est pensé, partagé et maîtrisé, devient un levier de souveraineté et d’émancipation culturelle.”

Le CCEE tient particulièrement à remercier toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de cet événement, et notamment Lionel Darie, Développeur de jeux vidéo péï indépendant chez Darie Productions, Laurène Tetu doctorante en Sciences de l'Information et de la Communication Laboratoire de recherche sur les espaces créoles et francophones (LCF), Université de La Réunion et Elyas Akhoun Délégué numérique, concepteur et présentation de l'émission Archipels à Réunion La 1ère) qui ont contribué à la préparation de l'évnement et devaient initialement participer aux tables rondes mais n'ont malheureusement pas pu être présents.

Une dynamique à poursuivre

Le CCEE poursuivra cette démarche dans les prochains mois par la publication d’un rapport de synthèse et la mise en ligne des restitutions vidéo du FANZ#1. L’objectif : nourrir le débat public, valoriser les talents réunionnais et éclairer les politiques culturelles et numériques de demain.

Nos écrans, nos histoires – nou la fé, nou mazine pardvan.

En images

Photos © René Carayol

La vidéo

Ils ont dit

“Faire aimer la vérité, protéger l’esprit critique, et affirmer nos identités dans un monde saturé d’images.”
Roger Ramchetty — Président du CCEE
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