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15 avril 2017
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« Le plaisir d’apprendre » ou l’éloge de l’éducation

L’amphithéâtre bioclimatique du campus du Moufia a accueilli Philippe Meirieu, chercheur, professeur des universités, pédagogue et militant de l’éducation populaire, le vendredi 14 avril 2017, pour une conférence unique en son genre qui a réuni plus de 400 spectateurs captivés. Spectateurs en effet, car il s’agissait bien d’une mise en scène oratoire, d’une scénographie intellectuelle, d’une chorégraphie verbale intitulée « Le plaisir d’apprendre » et orchestrée de main de maître par son acteur principal qui avait invité à ses côtés Annie Darencourt, Henri-Claude Moutou et Dominique Carrère.

« Le plaisir d’apprendre »

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"Le plaisir d’apprendre" - titre de la scénographie

Un titre éponyme de l’un des ouvrages collectifs de Philippe Meirieu, publié en 2014, lui-même sans doute inspiré d’une autre livre du chercheur consacré à Célestin Freinet (1896-1966) : « Comment susciter le désir d’apprendre ? ».

Un titre, un objectif, une utopie, diront certains, qui a entraîné les spectateurs au fil d’une réflexion haute en pensées mais toujours accessible et particulièrement bien documentée. Une conférence émaillée de films courts, de chansons créoles, de quelques lectures et autres poésies…

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D. Carrère, HC Moutou, P. Meirieu, A. Darencourt

Des chansons interprétées par Henri-Claude Moutou, musicien réunionnais et enseignant au Conservatoire à Rayonnement Régional. Des poèmes déclamés par Annie Darencourt, Militante culturelle et poétesse, et Dominique Carrère, Comédien et médiateur culturel. Trois membres du Conseil de la Culture de l’Éducation et de l’Environnement, co-organisateur de la manifestation avec la Ligue de l’Enseignement, qui ont ainsi partagé la scène avec l’invité d’honneur des Rencontres de l’Éducation de l’océan Indien et apporté un nouveau rythme à cette « rencontre ».

Comment enseigner à celui qui n’a pas envie d’apprendre ? Comment lui donner le goût du savoir ? Car la transmission est toujours fragile, souvent aléatoire ; l’apprentissage, lui, est parfois ingrat et semé d’embûches. Pour Philippe Meirieu, susciter le désir d’apprendre et faire accéder à la joie de comprendre, voilà l’enjeu essentiel de toute éducation et formation : il s’agit, ni plus ni moins, de replacer le plaisir au cœur des apprentissages, et cela tout au long de la vie.

"Valoriser sans juger"

Philippe Meirieu a ainsi décliné les exemples et les idées qui jalonnent ces recherches. Présenté quelques uns de ses illustres prédécesseurs qui ont, comme Freinet, guidé parfois ses pas. Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827), homme des Lumières, proche de la Révolution française qui croit à la nécessité de transmettre une culture qu’il pense universelle et libératrice et dont l’expérience de Stans en 1798 est pour Philippe Meirieu le début de la pédagogie moderne.

John Dewey (1859-1952), philosophe américain qui considère que les connaissances des hommes s’enracinent dans leurs expériences et qui fondera une « école laboratoire ».

Daniel Hameline, pédagogue, qui suggère que la non-directivité a échoué en tant que système mais reste essentielle en tant qu’attitude, et qui définit ainsi les trois caractères de cette attitude : "Elle consiste à antécéder sans anticiper, à valoriser sans juger, à réguler sans régulariser. "Antécéder sans anticiper", c’est être là pour accueillir ce qui va se présenter, sans le "prévenir" au point qu’il n’y ait plus rien à dire ni à faire. "Valoriser sans juger", c’est suspendre le fonctionnement spontané des stéréotypes et des catégories pour permettre à l’interlocuteur d’être entendu pour ce qu’il dit et non d’abord pour ce qu’il représente. "Réguler sans régulariser", c’est éviter d’engluer l’interlocution dans les pièges de la dépendance affective sans pour autant interdire aux affects de s’exprimer".

Ou encore Norman McLaren réalisateur en 1952 du film expérimental Voisins (Neighbours) qui utilise la technique de la pixilation, qui traite les acteurs humains comme des objets filmés en stop motion, c’est-à-dire image par image et qui a lui-même créé la musique de son film en grattant directement sur la bande sonore de la pellicule des ronds, des lignes et des triangles que le projecteur reconnaît comme des sons. Ce film a été inscrit au registre international Mémoire du monde en 2009 et tend à démontrer selon Philippe Meirieu qu’avec une économie de moyen extrême (la caméra était fabriquée avec une boîte à chaussures !) on peu faire passer de grands messages…

La pédagogie du chef-d’œuvre

Apprendre c’est donc avoir un projet, c’est mettre en œuvre une opération mentale, c’est avoir une stratégie spécifique : psychologique… mais c’est aussi et finalement peut-être surtout, partager un savoir. « L’instruction est obligatoire, mais l’apprentissage ne se décrète pas ! C’est pourquoi toute leçon doit être une réponse même s’il faut parfois savoir susciter la question ! Aujourd’hui, plus que jamais, face aux technologies numériques, la tentation de savoir sans apprendre est grande. Qui a un jour lu les 160 pages du mode d’emploi d’un nouvel appareil électroménager qu’il venait d’acheter… On appuie sur tous les boutons et on regarde ce qui se passe… mais on oublie la joie de comprendre même si ce mode d’emploi traduit du chinois risque de ne pas tenir toutes ses promesses en terme d’allégresse ! ».

La force d’attraction de la culture pourrait donc être l’une des principales réponses aux difficultés pédagogiques. « La pédagogie du chef-d’œuvre : Les chefs-d’œuvre élaborés par les humains tout au long de leur histoire et qui nous ouvrent à l’intelligence des êtres et des choses. Les chefs-d’œuvre que l’on s’efforce de réaliser en chantier avec l’aide et l’appui de l’adulte… dès lors que l’on a intégré l’exigence de précision, de justesse et de vérité.

Vient ensuite la question du sens, évidemment, dans une société du “trop plein” qui croit satisfaire le désir par la consommation on oublie l’essentiel. Que le désir ne peut être comblé par la possession, il ne peut qu’être entretenu par le partage de la culture, de l’éducation. Loin de s’acharner à s’approprier l’épuisable, notre société devrait nous inviter à transmettre l’inépuisable. Face au triomphe de toutes ces formes d’emprise sur les esprits - emprises publicitaires ou autres - il nous faut donc une pédagogie de l’émancipation, une pédagogie qui apprenne à chacun et à chacune à “penser par soi-même“ : surseoir à ses pulsions, prendre le temps de la pensée, nourrir la pensée par la culture. En conclusion, voilà sans doute l’urgence pour les éducateurs.

Un discours accueilli par une standing ovation

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Standing ovation pour Philippe Meirieu

Pour en apprendre plus et avec plaisir : www.meirieu.com

Texte et photos de P. Saint-Pierre

Cliquez sur une image pour ouvrir le portfolio

Philippe Meirieu en plein exposé

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